Les immeubles Art déco et des années 1930 : les comprendre avant de rénover

Les immeubles Art déco et des années 1930 appartiennent à l'entre-deux-guerres. Ils rompent avec l'ornement de la Belle Époque au profit de volumes plus nets, de décors géométriques, de grandes baies et, de plus en plus, du béton armé. À Paris et dans l'ouest parisien, du 16e au 15e et jusqu'à Boulogne-Billancourt, ils accueillent des appartements lumineux dont la structure et les matériaux diffèrent de ceux de l'haussmannien. HÉRITAGE BÂTI accompagne leur rénovation en partant de ce qui les distingue.

Séjour d'un appartement ancien meublé, moulures conservées et cuisine ouverte au fond

Illustration

Période
Années 1920 et 1930, entre-deux-guerres

Après 1918, une autre manière de construire

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l'architecture parisienne change de ton. L'Art déco, dont l'Exposition internationale des arts décoratifs de 1925 à Paris a fixé le nom, privilégie des lignes plus géométriques et un décor plus stylisé que l'Art nouveau. En parallèle, des architectes comme Robert Mallet-Stevens, Auguste Perret ou Le Corbusier développent une architecture plus dépouillée, que l'on rattache au mouvement moderne.

Les deux tendances se côtoient, et la frontière entre elles n'est pas toujours nette. Sur le terrain, on parle souvent d'immeubles « années 30 » pour désigner l'ensemble de cette production, de la fin des années 1910 à la Seconde Guerre mondiale.

Ces immeubles prolongent l'héritage des règlements d'avant-guerre, qui avaient déjà libéré la façade et autorisé des saillies. La page l'immeuble post-haussmannien présente ces règlements de 1882 à 1902.

Lire une façade Art déco ou années 30

Plusieurs indices se cumulent. Les volumes sont plus simples, souvent cubiques ou en gradins. Les bow-windows prennent des formes à pans ou arrondies. Les décors deviennent géométriques : motifs stylisés, ferronneries aux lignes droites, bas-reliefs sobres, mosaïques. Les baies s'élargissent, parfois sur toute la largeur d'une pièce.

Les matériaux évoluent aussi. Le béton armé se généralise, parfois enduit, parfois habillé de pierre, de brique ou de céramique. Dans les ateliers d'artistes, de grandes verrières éclairent des pièces sur double hauteur. Béton armé, toits-terrasses, grandes baies et briques de verre sont fréquents dans le bâti des années 1930, mais chaque immeuble demande son propre diagnostic.

Ces indices orientent la datation sans la prouver. La date de construction se vérifie dans les archives ou à l'adresse.

Quelques immeubles pour comprendre

Dans le 16e arrondissement, la rue Mallet-Stevens, inaugurée le 20 juillet 1927, réunit cinq hôtels particuliers dessinés par Robert Mallet-Stevens. Le Studio Building d'Henri Sauvage, de la fin des années 1920, appartient à la même période. La page rénover dans le 16e présente ces quartiers.

Dans le 15e, l'immeuble-atelier du 15 square Vergennes est construit en 1932 par Robert Mallet-Stevens pour le peintre-verrier Louis Barillet. En béton armé, il abrite un grand atelier au rez-de-chaussée ; des vitraux de Barillet et des mosaïques subsistent sur les paliers. Il est inscrit monument historique depuis 1993. Boulevard Victor, l'immeuble dit « Paquebot », construit de 1929 à 1934 par l'architecte et décorateur Pierre Patout, est en partie classé monument historique depuis juillet 2020. C'est aussi une copropriété, où des appartements se rénovent dans un cadre protégé. La page rénover dans le 15e détaille ces exemples.

À Boulogne-Billancourt, la Ville décrit un riche patrimoine des années 1930 : maisons, villas et hôtels particuliers aux formes géométriques, grandes baies vitrées, terrasses et jardins. La maison Collinet, hôtel particulier construit en 1926 par Robert Mallet-Stevens, en béton armé, a ses façades et sa toiture inscrites aux monuments historiques depuis 1984. L'atelier de Dora Gordine, conçu en 1929 par les frères Auguste et Gustave Perret, associe béton armé, grande baie vitrée et allèges en briques blanches. La page rénover à Boulogne-Billancourt les situe. À Neuilly-sur-Seine, un immeuble Art déco du boulevard Bineau, achevé à la fin des années 1920, est présenté sur la page rénover à Neuilly-sur-Seine.

Ce qu'il y a derrière la façade

La structure de ces immeubles diffère de celle de l'haussmannien. Le béton armé y tient une place croissante : poteaux, poutres et planchers en béton, parfois une ossature complète. D'autres immeubles de la période combinent encore maçonnerie porteuse et planchers en béton ou à poutrelles. La composition réelle se vérifie sur place, par l'ingénieur structure.

Cette différence a des conséquences directes. Dans une ossature en béton armé, les murs entre les pièces sont souvent des cloisons, et les éléments porteurs sont les poteaux, les poutres et certains voiles. Les repérer suppose des plans ou une lecture attentive de la structure. Une ouverture, une trémie ou le déplacement d'une salle de bains s'étudient donc avec cette logique propre, comme l'expliquent les pages ouverture de mur porteur et création de trémie.

Les toits-terrasses, fréquents dans cette architecture, posent enfin la question de leur étanchéité et de ce qu'ils peuvent recevoir.

Rénover un appartement Art déco ou années 30

Les appartements de cette période ont souvent des plans plus rationnels que ceux de l'haussmannien, avec des pièces d'eau et des cuisines prévues dès l'origine. Ils se prêtent bien à une restructuration, à condition de respecter la logique de la structure. La page restructuration présente la démarche.

Les décors méritent la même attention qu'ailleurs, même s'ils sont plus sobres : corniches géométriques, parquets, cheminées, ferronneries d'escalier, vitraux, mosaïques de halls et de paliers. Ils font l'identité de ces intérieurs. La page moulures et corniches traite de la restauration des décors en plâtre, et la page parquet ancien des parquets.

Les grandes baies et les menuiseries d'origine, souvent métalliques, sont un sujet délicat. Elles participent à l'aspect extérieur : les modifier demande l'accord de la copropriété et, en général, une déclaration préalable. Leur restauration ou leur remplacement se raisonne avec l'architecte partenaire, en cherchant à préserver le dessin de la façade.

Enfin, un logement construit avant 1949 peut contenir des peintures au plomb : la céruse a été couramment employée jusqu'en 1948 (INRS), et un constat de risque d'exposition au plomb est obligatoire pour vendre ou louer un tel logement. D'autres diagnostics réglementaires peuvent s'imposer selon la date du bâtiment avant des travaux. Cela se vérifie avant le chantier.

Les désordres à surveiller

Le béton armé de cette époque a ses fragilités. Avec le temps, les armatures peuvent se corroder, faire éclater le béton qui les enrobe et apparaître en surface. Sur une façade, un balcon ou une sous-face de plancher, des éclats ou des traces de rouille méritent un examen par l'ingénieur structure.

Les toits-terrasses et les grandes baies concentrent les risques d'infiltration. Une étanchéité vieillissante, un relevé mal traité ou une menuiserie déformée laissent passer l'eau, qui atteint ensuite les planchers et les armatures. Les façades enduites, enfin, peuvent présenter des fissures dont la cause se recherche avant toute réparation. Dans tous les cas, cela se vérifie sur place.

Façade, copropriété, autorisations

Plusieurs immeubles et maisons de cette période sont protégés au titre des monuments historiques, parfois seulement pour leurs façades et leur toiture. Une inscription peut ainsi ne porter que sur certaines parties : les règles se vérifient bâtiment par bâtiment. Pour un immeuble lui-même protégé, ce sont les règles des monuments historiques qui s'appliquent à ses parties protégées ; pour un immeuble voisin, celles des abords.

Être un immeuble Art déco ou des années 1930 ne crée aucune protection juridique en soi. Les règles dépendent de l'adresse. Les pages démarches d'urbanisme et travaux en copropriété détaillent les deux accords à obtenir avant de toucher la façade ou les parties communes.

Questions fréquentes

Vos questions

Comment reconnaître un immeuble Art déco ou des années 30 ?

Plusieurs indices se cumulent : volumes nets, souvent cubiques ou en gradins, décors géométriques, ferronneries aux lignes droites, bow-windows à pans ou arrondis, grandes baies, béton armé enduit ou habillé, parfois toits-terrasses et briques de verre. Ces indices orientent sans prouver une date. La date de construction et l'architecte se vérifient dans les archives, dans la base Mérimée pour les immeubles protégés, ou à l'adresse.

Peut-on abattre un mur dans un immeuble en béton armé ?

Souvent plus facilement que dans un immeuble en maçonnerie, puisque bien des murs y sont des cloisons. Mais certains voiles, poteaux et poutres portent. Il faut les identifier avant tout projet, à partir des plans quand ils existent et d'une lecture de la structure par l'ingénieur structure. Si un élément porteur est touché, l'accord de l'assemblée générale est nécessaire. Cela se vérifie sur place.

Mon immeuble des années 30 est-il protégé ?

Pas forcément. Certains immeubles de la période sont protégés au titre des monuments historiques, comme l'immeuble-atelier du square Vergennes ou, en partie, l'immeuble « Paquebot » du boulevard Victor. Une protection peut ne porter que sur les façades et la toiture. La plupart des immeubles ne sont pas protégés individuellement, mais peuvent se trouver aux abords d'un monument. Cela se vérifie à l'adresse.

Peut-on remplacer les menuiseries métalliques d'origine ?

Les menuiseries participent à l'aspect extérieur de l'immeuble. Les remplacer par un autre modèle demande l'accord de l'assemblée générale et, en général, une déclaration préalable en mairie ; sur un immeuble protégé ou aux abords d'un monument, l'architecte des Bâtiments de France intervient. Le projet cherche à préserver le dessin de la façade. Cela se vérifie à l'adresse et dans le règlement de copropriété.

La méthode

De la première visite au contrat

Notre modèle
  1. 1

    Visite et lecture du bâti

    Époque, structure, planchers, réseaux, règlement de copropriété : ce qui existe décide de ce qui est possible.

  2. 2

    Conception et études

    L’architecte partenaire conçoit le projet ; l’ingénieur structure partenaire étudie ce qui porte.

  3. 3

    Autorisations

    Déclaration préalable ou permis, vote de l’assemblée générale : le calendrier se cale avant le chantier.

  4. 4

    Un seul contrat

    FRANCILIA, contractant général, signe le contrat, le facture et réalise ou fait réaliser les travaux.

Sources et dates

Mis à jour le 27 octobre 2026.

  • Ville de Paris, rue Mallet-Stevens et Studio Building
  • Base Mérimée (POP), ministère de la Culture, immeuble-atelier du 15 square Vergennes ; maison Collinet ; atelier de Dora Gordine
  • Ministère de la Culture, protections de 2020 en Île-de-France (immeuble « Paquebot »)
  • Ville de Boulogne-Billancourt, patrimoine des années 1930
  • Ville de Neuilly-sur-Seine, immeuble Art déco du boulevard Bineau
  • INRS, ED 6374, plomb dans les peintures ; Service-Public, constat de risque d'exposition au plomb