L'immeuble Art nouveau à Paris : le comprendre et rénover son appartement

L'Art nouveau parisien s'épanouit au tournant des XIXe et XXe siècles, quand les règlements libèrent enfin la façade. Céramique, grès flammé, ferronnerie et bow-windows y composent des façades singulières, parfois portées par du béton armé, souvent par des planchers métalliques. Rénover un appartement dans ces immeubles demande de connaître leurs matériaux, leurs fragilités et les règles qui s'y appliquent. HÉRITAGE BÂTI accompagne ces projets à Paris, en partant de l'immeuble et de ce qui fait sa singularité.

Chambre d'appartement ancien rénové : moulures, parquet à chevrons, armoire en chêne et grandes fenêtres

Illustration

Période
Tournant des XIXe et XXe siècles, vers 1898-1915

Une façade enfin libre

L'Art nouveau parisien naît dans le prolongement de règlements qui assouplissent l'aspect des immeubles. En 1882, un décret autorise des saillies : ce sont les premiers bow-windows, en bois et en fer. En 1893, la Ville de Paris autorise les bow-windows en brique ou en pierre. Le règlement de 1902 permet des façades qui ondulent et des saillies plus fortes.

La Ville encourage aussi l'invention. À la fin des années 1890, elle crée un concours de façades : les propriétaires des immeubles primés sont exonérés de la moitié des droits de voirie. La façade du 29 avenue Rapp y a été primée en 1901.

Cette liberté s'exerce dans le même cadre que celui de l'immeuble post-haussmannien, dont l'Art nouveau est en quelque sorte la branche la plus expressive. La page l'immeuble post-haussmannien présente ces règlements en détail.

Six immeubles pour comprendre

Dans le 16e arrondissement, le Castel Béranger, 12-14 rue La Fontaine, est construit par Hector Guimard en 1898. Il est classé monument historique. Non loin, l'immeuble Les Chardons, 2 rue Eugène-Manuel, est construit en 1903 par Charles Klein. Sa structure est en béton armé, selon le système Hennebique ; sa façade est entièrement habillée de céramique d'Émile Müller, avec des ferronneries de Dondelinger. La page rénover dans le 16e situe ces immeubles dans leur quartier.

Dans le 7e, le 29 avenue Rapp est un immeuble de rapport construit en 1900 par Jules Lavirotte. Sa façade a été primée au concours de façades de la Ville de Paris de 1901. Son décor en céramique servait de vitrine aux produits du céramiste Alexandre Bigot, propriétaire de l'immeuble ; les sculptures sont attribuées à Jean-Baptiste Larrivé.

Toujours dans le 7e, l'immeuble Les Arums, 33 rue du Champ-de-Mars, est construit vers 1900 par Octave Raquin. Il se distingue par sa sculpture florale en façade et par un hall d'entrée à pavement de mosaïque. Le 4 square Rapp, immeuble de la Société théosophique, est construit entre 1912 et 1915 par l'architecte Lefranc ; il est marqué par la tradition néo-gothique de l'Art nouveau. La page rénover dans le 7e présente aussi les règles particulières de cet arrondissement.

Dans le 17e, enfin, le 62-64 rue Boursault est l'œuvre de René-Auguste Simonet, vers 1900-1910. Sa façade en brique est habillée de grès flammé d'Alexandre Bigot, et mêle grès flammé, brique, pierre, fer, ardoise et bois.

Ces six immeubles sont protégés au titre des monuments historiques. Un immeuble Art nouveau ne l'est pas forcément : les règles dépendent de l'adresse.

Céramique, grès, fer : des façades fragiles

Ce qui fait la singularité de ces façades fait aussi leur fragilité. La céramique et le grès flammé habillent la maçonnerie ou la structure ; la ferronnerie est exposée à l'eau ; la sculpture se mêle à la pierre. Chaque matériau vieillit à son rythme, et les jonctions entre eux sont autant de points sensibles.

Le CSTB décrit des désordres fréquents sur les façades anciennes : briques gonflantes, fissuration des enduits refaits. Sur une façade Art nouveau, ces désordres peuvent toucher des éléments décoratifs difficiles à remplacer. Leur cause se recherche avant toute réparation, et la restauration d'un décor relève de professionnels spécialisés. Cela se vérifie sur place.

Derrière la façade

La structure de ces immeubles repose souvent sur des planchers métalliques, à poutrelles. Certains immeubles, comme Les Chardons, emploient le béton armé. La composition réelle d'un immeuble se vérifie sur place.

Les planchers métalliques ont un désordre connu : la corrosion des poutrelles. Dans les caves et les pièces humides, le métal gonfle en rouillant et fait tomber le plâtre en sous-face. Avant de créer une salle de bains, d'ouvrir un refend ou de percer un plancher, un diagnostic de la structure par l'ingénieur structure est nécessaire.

Rénover un appartement Art nouveau

Les intérieurs de ces immeubles conservent souvent des moulures et corniches en plâtre ou en staff. Le staff, breveté en 1856, connaît son apogée à la Belle Époque. Ces décors se restaurent, se complètent ou se raccordent ; la page moulures et corniches présente ces techniques. Parquets et cheminées font aussi partie de ce qui se garde.

Les fenêtres et les bow-windows demandent une attention particulière. Ils participent à l'aspect extérieur : les modifier touche la façade, avec les accords que cela suppose. Pour les fenêtres bois anciennes, restaurer ou remplacer se décide au cas par cas : cela se vérifie sur place.

Le plomb est l'autre sujet à connaître. La céruse a été couramment employée dans les peintures jusqu'en 1948 (INRS). Pour vendre ou louer un logement construit avant 1949, un constat de risque d'exposition au plomb est obligatoire (Service-Public). Avant des travaux qui touchent d'anciennes peintures, sur des menuiseries, des boiseries ou des moulures, ce point se vérifie et se traite par des professionnels formés.

Façade, copropriété, autorisations

Modifier une façade, des fenêtres ou un bow-window touche l'aspect extérieur de l'immeuble. Cela demande l'accord de la copropriété et, en général, une autorisation d'urbanisme. Sur un immeuble protégé, l'architecte des Bâtiments de France intervient.

Les règles dépendent de l'adresse : PLU, abords d'un monument historique, secteur protégé. Un immeuble voisin d'un monument protégé peut être concerné même s'il ne l'est pas lui-même. Les pages démarches d'urbanisme et travaux en copropriété détaillent ces deux accords, distincts et complémentaires.

Les immeubles de cette période ont souvent des planchers à poutrelles métalliques, à identifier avant tout projet.

Où rénover un appartement Art nouveau

Les immeubles Art nouveau sont présents dans plusieurs secteurs où nous accompagnons des projets : Paris 16e, Paris 7e et Paris 17e. Pour comparer avec le modèle dont ils s'affranchissent, la page l'immeuble haussmannien présente ses règles et sa structure.

Questions fréquentes

Vos questions

Comment reconnaître un immeuble Art nouveau ?

Plusieurs indices se cumulent : une façade qui ondule ou s'anime, des bow-windows, des décors de céramique ou de grès flammé, une sculpture florale, une ferronnerie aux lignes souples, des matériaux mêlés comme la pierre, la brique, le fer et le grès. Ces immeubles datent du tournant des XIXe et XXe siècles. Les indices orientent sans prouver une date ou un architecte : cela se vérifie à l'adresse, dans la base Mérimée ou les archives.

Mon immeuble est-il protégé ?

Pas forcément. Certains immeubles Art nouveau, comme le Castel Béranger ou le 29 avenue Rapp, sont protégés au titre des monuments historiques. Beaucoup d'autres ne le sont pas. Les règles dépendent alors de l'adresse : PLU, abords d'un monument historique, secteur protégé comme le plan de sauvegarde d'une partie du 7e. Cela se vérifie à l'adresse, avant tout projet qui touche la façade.

Peut-on modifier un bow-window ?

Le bow-window fait partie de la façade. Le modifier, ou changer ses menuiseries pour un autre modèle, demande l'accord de l'assemblée générale de copropriété et, en général, une autorisation d'urbanisme. Sur un immeuble protégé, l'architecte des Bâtiments de France intervient. Restaurer à l'identique pose moins de difficultés qu'une transformation. Cela se vérifie à l'adresse.

Faut-il craindre le plomb ?

Il faut le connaître. La céruse, un pigment au plomb, a été couramment employée dans les peintures jusqu'en 1948. Un constat de risque d'exposition au plomb est obligatoire pour vendre ou louer un logement construit avant 1949. Avant des travaux qui touchent d'anciennes peintures, sur des boiseries ou des menuiseries, ce point se vérifie et se traite par des professionnels formés, sans méthode improvisée.

La méthode

De la première visite au contrat

Notre modèle
  1. 1

    Visite et lecture du bâti

    Époque, structure, planchers, réseaux, règlement de copropriété : ce qui existe décide de ce qui est possible.

  2. 2

    Conception et études

    L’architecte partenaire conçoit le projet ; l’ingénieur structure partenaire étudie ce qui porte.

  3. 3

    Autorisations

    Déclaration préalable ou permis, vote de l’assemblée générale : le calendrier se cale avant le chantier.

  4. 4

    Un seul contrat

    FRANCILIA, contractant général, signe le contrat, le facture et réalise ou fait réaliser les travaux.

Sources et dates

Mis à jour le 27 octobre 2026.

  • Base Mérimée (POP), ministère de la Culture, notices des immeubles cités
  • BnF Passerelles, « Trois siècles de réglementation » ; « Stuc et staff »
  • Ville de Paris, concours de façades
  • INRS, ED 6374, plomb dans les peintures
  • Service-Public, constat de risque d'exposition au plomb
  • CSTB, pathologies des façades anciennes