Des joints époxy suffisent-ils à rendre étanche une douche en zellige ?

Non. Un joint époxy limite la pénétration de l'eau à travers le joint, mais il ne rend pas une douche étanche, en zellige ou en tout autre carreau. Selon l'Agence qualité construction, le carreau, la colle et le joint ne peuvent en aucun cas assurer seuls l'étanchéité. HÉRITAGE BÂTI accompagne les projets de salles de bains dans les immeubles anciens en remettant chaque couche à sa place : le support, l'étanchéité choisie selon lui, puis le zellige et ses joints, choisis ensemble.

Salle de bains avec douche à paroi vitrée, murs en carreaux de ciment à motifs, meuble en bois et vasque en pierre

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Auteur
Ilann Atlan
Rubrique
Matériaux
Publié le
9 octobre 2026
Lecture
4 minutes

Le zellige, un carreau qui a ses exigences

Le zellige est une terre cuite émaillée, façonnée à la main. C'est ce qui fait son charme : ses carreaux ne sont jamais tout à fait identiques, leur surface ondule, leur émail varie, leurs chants sont souvent bruts. Posé dans une douche, il donne une profondeur que n'a pas un carreau industriel.

Cette irrégularité a des conséquences techniques. Les carreaux n'ont pas tous la même épaisseur ni les mêmes dimensions, ce qui rend la pose plus délicate et les joints plus variables. Le corps du carreau, sous l'émail, peut être plus ou moins poreux. Les bords non émaillés absorbent ce qu'on y met : eau, colle, pigments de joint.

Rien de cela n'empêche le zellige dans une douche. Mais tout cela oblige à le traiter comme un parement, et non comme une barrière contre l'eau.

Ce que fait un joint époxy, et ce qu'il ne fait pas

Un joint classique est à base de ciment : il est poreux, absorbe l'eau et peut noircir dans une pièce mal ventilée. Le joint époxy est une résine en deux composants qui durcit en un matériau peu poreux. Il résiste mieux aux taches, à l'eau et aux produits d'entretien. C'est pourquoi il est souvent proposé dans les douches.

Ce progrès est réel, mais limité au joint lui-même. L'eau d'une douche ne passe pas seulement par les joints. Elle passe par une microfissure du support, un raccord de siphon, un angle entre sol et mur, un percement de robinetterie, un carreau qui se décolle. Un joint parfait au-dessus d'un support non protégé laisse l'eau atteindre ce qui se trouve dessous.

Dans un immeuble ancien, ce dessous est souvent fragile : un plancher en bois, des poutrelles métalliques sensibles à la corrosion, un plafond en plâtre chez le voisin. C'est là que se joue l'étanchéité.

Sous le zellige : SPEC ou SEL

La Fédération française du bâtiment distingue deux procédés, qu'elle demande de ne pas confondre. Le SPEC, système de protection sous carrelage, protège seulement les supports sensibles à l'eau, comme le plâtre ; il ne s'emploie pas au sol avec un siphon de sol. Le SEL, système d'étanchéité liquide, est une étanchéité véritable ; il est nécessaire pour une douche à l'italienne sur un plancher d'étage avec siphon intégré.

Pour une douche à l'italienne, l'étanchéité se relève en périphérie, sur les murs. Si le relevé est impossible, elle se prolonge hors de la douche, au mieux sur toute la pièce. Les travaux d'étanchéité relèvent d'ailleurs d'une qualification distincte de celle du carrelage : l'entreprise qui réalise un SEL ou pose un siphon de sol doit vérifier ses qualifications et son assurance.

Le choix du procédé dépend du support et de l'avis technique du fabricant. Il se fait avant le choix du joint, et même avant celui du zellige. La page sur l'étanchéité et les joints époxy les présente en détail.

Époxy sur zellige : ce qui se vérifie avant

Un joint époxy coloré peut marquer les chants bruts du zellige ou s'accrocher dans les creux de l'émail. Une fois durcie, la résine laissée en surface est très difficile à enlever. Sur un carreau aussi irrégulier, le risque est plus fort qu'ailleurs.

La pratique consiste donc à faire un essai sur quelques carreaux, avec le joint et la teinte retenus, et à suivre les préconisations des fabricants du joint et du carreau. Certains demandent une protection préalable des chants. D'autres orientent vers un autre type de joint. Le choix se fait selon le zellige réel, pas selon une habitude.

Le joint de finition autour des appareils, contre le receveur, la baignoire ou le plan vasque, a sa propre logique. L'AQC en distingue deux : celui du plombier, contre la paroi, et celui de finition du carreleur. Ce dernier s'entretient et se refait régulièrement, quel que soit le joint de carrelage.

Refaire les joints d'une douche qui fuit

C'est une demande fréquente : une douche ancienne fuit, on propose de refaire ses joints en époxy. Le geste peut améliorer la surface, mais il ne répare pas une étanchéité absente ou défaillante. Si l'eau traverse déjà le support, le nouveau joint ne fait que masquer le problème.

Plusieurs signes doivent alerter : une tache au plafond du voisin du dessous, des joints qui noircissent malgré l'entretien, des carreaux qui sonnent creux, un parquet voisin qui se tuile. Avant de refaire quoi que ce soit, l'origine de la fuite se recherche. En copropriété, la convention entre assureurs dite IRSI organise la prise en charge des dégâts des eaux jusqu'à 5 000 euros hors taxes, et l'assureur du lot d'où vient la fuite supporte la recherche de fuite.

Et sur un plancher bois ancien

Une douche en zellige de plain-pied sur un plancher bois porteur cumule les difficultés : un support souple, un revêtement rigide et irrégulier, une étanchéité qui doit suivre l'ensemble. Pour ce cas, la FFB indique que les règles de l'art sont encore en cours d'élaboration. Un renfort du plancher peut être nécessaire, et le plancher doit rester ventilé en sous-face.

L'ingénieur structure partenaire étudie alors le plancher avant que le projet ne fixe l'emplacement de la douche. Les autres contraintes, colonnes, ventilation, volumes électriques, copropriété, sont réunies sur la page salle de bains dans l'ancien.

Sources et dates

  • AQC, « Créer ou rénover sa salle de bains »
  • FFB, « SPEC et SEL : deux procédés à ne pas confondre »
  • Service-Public, dégât des eaux et convention IRSI

Questions fréquentes

Vos questions

Le zellige est-il adapté à une douche ?

Oui, à condition de le traiter comme un parement. Ses carreaux irréguliers, aux chants souvent bruts, se posent sur un support préparé et protégé, avec une étanchéité choisie selon le support : SPEC sur des murs sensibles à l'eau, SEL au sol d'une douche à l'italienne d'étage avec siphon. Le choix du joint vient ensuite, après un essai sur quelques carreaux.

Faut-il préférer un joint époxy ou un joint ciment sur du zellige ?

Il n'y a pas de réponse générale. Le joint époxy est peu poreux et résiste mieux aux taches et à l'eau, mais il peut marquer les chants bruts du zellige et se nettoie difficilement une fois durci. Le joint ciment est plus simple à poser mais plus poreux. Un essai sur quelques carreaux et les préconisations des fabricants permettent de trancher. Dans les deux cas, l'étanchéité est assurée dessous.

Refaire les joints suffit-il à arrêter une fuite ?

Rarement. Si l'eau traverse le support, par une fissure, un raccord de siphon ou un angle mal traité, un nouveau joint ne fait que masquer le problème. L'origine de la fuite se recherche d'abord. Si l'étanchéité sous le carrelage est absente ou défaillante, la douche doit être reprise. En copropriété, la convention IRSI encadre la recherche de fuite et la prise en charge des dégâts.